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Abdication de Christine de Suède

 

Le 6 juin 1654, après 10 ans de règne personnel, Christine de Suède, âgée de 28 ans, abdique solennellement à Uppsala au profit de son cousin, Charles X Gustave. C'en était fini de la dynastie des Vasa. Christine était montée sur le trône à l'âge de 6 ans suite à la mort de son père, le roi Gustave II Adolphe. Celui-ci, stratège de grande stature, fut tué à la bataille de Lützen le 16 novembre 1632, bataille qu’il remporta sur Wallenstein.

La jeune souveraine reçu une éducation soignée de son précepteur Johannes Matthiae, maîtrisant rapidement le français, l'italien, le grec et le latin. Sa mère, Marie-Éléonor de Brandebourg, à demi-folle, fut écartée du conseil de régence. Devenue majeure en 1644, Christine tenta de gouverner elle-même, par-dessus la tête du fidèle et efficace ministre de son père, le chancelier Axel Oxenstierna. Mais elle ne tarda pas à s’aliéner la noblesse par ses excentricités, son mépris des convenances et ses dépenses fastueuses.

Dotée d'une vitalité peu commune, elle se passionna pour la chasse à l'ours et s’habillait volontiers en homme, mais aimait aussi se poser en protectrice des arts et des lettres. D’un esprit curieux et universel, elle correspond avec les grands esprits français, l'astronome Pierre Gassendi, Blaise Pascal et surtout René Descartes, qu'elle invita à la cour et auquel elle demanda régulièrement des leçons de philosophie dans la bibliothèque de son palais. Il écrivit pour elle le “Traité des Passions” avant de s'éteindre d'épuisement à Stockholm au bout d’un an, à l’âge de 54 ans.

Christine se fit couronner en 1650 mais n'acceptera jamais de se marier. Libre d’esprit et de mœurs, elle ne se priva pas d’amants pour autant. Après son abdication, sous l’influence de son médecin personnel Pierre Bourdelot et des Jésuites, elle quitta la Suède pour de longues pérégrinations à travers l’Europe, gagnant le surnom de “reine ambulante”. Elle abjura la foi luthérienne et se convertit secrètement au catholicisme à Bruxelles, puis se résolu à une confession publique de sa foi catholique à Innsbruck, au grand dam de son cousin Charles X Gustave, qui lui avait succédé sur le trône de Suède.

En grand équipage, elle se rendit à Rome, but ultime de son voyage, où elle fut accueillie avec faste par le pape Alexandre VII, heureux de faire étalage d'une convertie aussi prestigieuse. Elle s'installa dans le luxueux palais Farnèse en dépensant ostensiblement comme à son habitude les subsides de la Suède et du pape. Mais Christine, semble-t-il, avait plutôt choisi le catholicisme par goût de la liberté et dans le désir de se rapprocher des philosophes et des penseurs français. A un flatteur qui la comparait à sainte Brigitte de Suède, elle confia qu'elle aimerait mieux figurer parmi les savants que parmi les saints. Mais, Rome, forteresse obscurantiste de la Contre-réforme catholique, déçue les attentes de la souveraine.

Christine s’enticha bientôt d’un gentilhomme romain, le marquis Gian Rinaldo de Monaldeschi, qui la persuada de briguer le royaume de Naples auprès du cardinal Mazarin, après qu'en auront été chassés les occupants espagnols. Débarquant à Marseille, elle prit le chemin de la cour du jeune Louis XIV où elle se signala par son excentricité et rencontra d'autres femmes libres comme elle, en particulier la courtisane Ninon de Lenclos et Mlle de Montpensier, cousine du roi. Quittant Paris pour l'Italie avec la promesse de recevoir bientôt la couronne de Naples, elle dut retourner dare dare sur ses pas, faute d'argent et de soutiens. Par prudence, le cardinal Mazarin cantonna l’ex-souveraine au château de Fontainebleau.

Le 10 novembre 1657, Christine fit venir le père Le Bel, supérieur du couvent des Mathurins d’Avon, dans la galerie des Cerfs pour qu’il confesse Monaldeschi. Après quoi, elle fit exécuter ce dernier à l’épée. Face au scandale de cette justice sommaire exercée sur le sol français, la reine revendiqua son droit de souveraine. Elle expliqua à Mazarin que le condamné avait reconnu l'avoir trahie en dénonçant son projet napolitain auprès des envoyés du roi d'Espagne. L'affaire fut étouffée et Christine s’établit enfin à Rome, au Palais Mazarin puis au Palais Riario, dans le quartier du Trastevere, où elle rassembla des collections d'art et une cour d'artistes qui lui vaudront une grande renommée à travers l'Europe classique. Toujours active et engagée dans des entreprises exubérantes et souvent vaines, elle briguera la couronne de Pologne, le duché de Brême et même un retour sur le trône de Suède.

De manière plus positive, elle fonda en 1674 à Rome “l'Academia reale” sur le modèle de l'Académie française. Elle mourra à Rome en 1689 en léguant tous ses biens au cardinal Azzolino auquel elle voua un amour durable et platonique. Le pape, en reconnaissance de sa conversion, lui accordera, contre sa volonté, des funérailles grandioses et une sépulture à l’intérieur même de la basilique Saint-pierre de Rome. Elle laissa plusieurs ouvrages en français dont ses Mémoires.

 

La Russie au 17ème siècle

 

Le jeune tsar Fédor 1er, fils d'Ivan IV le Terrible, meurt le 7 janvier 1598 après un règne falot de 14 ans. Boris Fiodorovitch Godounov âgé de 50 ans, un parvenu qui maria sa sœur au défunt tsar et gouverné à sa place, en profita pour devenir le tsar en titre. Le mois suivant, le 17 février, il se fit élire tsar par les 500 délégués des états généraux de toutes les Russies. Illettré et brutal, il poursuivit, sous le règne de Fédor 1er et sous le sien, l'œuvre d'Ivan IV. Il soumet la haute noblesse et construit une ligne de forteresses pour protéger le pays contre les Tatars. En 1589, le patriarcat orthodoxe de Moscou s'émancipa de celui de Constantinople et prétendait faire de Moscou la “troisième Rome”. Mais cette œuvre fut bientôt compromise par la famine qui mit à mal le Trésor du tsar. Le désarroi populaire alimenta une rumeur selon laquelle Boris Godounov aurait assassiné Dimitri le fils cadet d'Ivan IV le Terrible et héritier naturel de Fédor 1er.

Arrive le “temps des Troubles”, l'œuvre unificatrice d'Ivan IV est menacée de ruine. En 1604, un faux Dimitri entraîna à sa suite des paysans et des troupes polonaises et cosaques et marcha sur Moscou. Il entra dans la ville en juin de l'année suivante, peu après la mort de Boris Godounov le 23 avril 1605. Il régna moins d'un an sous la tutelle des Polonais en accordant quelques libertés au peuple mais les Moscovites, excédés par l'omniprésence des étrangers, se soulevèrent et le tuèrent. Faute de prétendant légitime, les boyards de la petite noblesse hissèrent sur le trône l'un des leurs, Vassili Chouiski. Forts de leur pouvoir, ils se livraient à des brutalités qui suscitèrent de nouvelles révoltes paysannes et l'émergence d'un 2ème faux Dimitri, soutenu comme le premier par les Polonais. Les boyards appelèrent à la rescousse les Suédois, ennemis des Polonais, cependant que le roi de Pologne, Sigismond III Vasa, faisait proclamer tsar le fils du 2ème faux Dimitri, Ladislas, né d'une mère polonaise.

Dans un sursaut national, boyards et milices populaires s'unissent pour chasser les usurpateurs étrangers. Le 22 octobre 1612, l'armée russe, précédée par la célèbre icône de la Vierge de Kazan, rentra à Moscou et chassa les Polonais. Il ne restait plus aux Russes qu'à rétablir un pouvoir digne de ce nom. Les états généraux se réunissent sans tarder et, prenant la précaution d'exclure du trône tout étranger quel qu'il soit, ils élisaient le prince Michel Romanov le 21 février 1613 sous le nom de Michel 1er. Son élection mit un terme au temps des Troubles.

Le nouveau tsar a tout juste 16 ans. Mais il était le fils du prestigieux patriarche de Moscou, Philarète, qui combattit l'usurpateur Boris Godounov et les Polonais aux côtés des Cosaques. Les nobles russes appréciaient sa parenté avec l'ancienne dynastie, issue de Riourik. Ces atouts lui valurent d'être choisi entre de nombreux candidats par l'assemblée des états généraux russes, le Zemski Sobor. Peu après son couronnement, Michel Romanov voit son père revenir de Pologne où il était retenu en captivité. Avec son concours, il rétablit la paix civile en Russie.

La personne du tsar acquiert alors un caractère sacré cependant que se restreint le droit d'intervention du Zemski Sobor. Tandis que l'autocratie se met en place, les paysans russes perdent leurs dernières libertés. Ils n'auront bientôt plus le droit de se déplacer à leur guise.

La descendance de Michel Romanov règnera sur la Russie jusqu'à la Révolution de Février 1917. Le 22 octobre, date anniversaire de la libération de Moscou, est aujourd'hui encore en Russie une fête nationale fériée consacrée à la Vierge de Kazan.

 

L’Angleterre au 17ème siècle

 

En 1567 à l’âge de 1 an Jacques 1er devient roi d’Ecosse et deviendra roi d'Angleterre en 1603. Il se montra aussitôt désireux d'unir les 2couronnes. Partisan convaincu de l'absolutisme de droit divin, il en a lui-même établi la justification dans des ouvrages publiés avant son accession au trône d'Angleterre comme le “The true Lawe of free monarchies” en 1599. A Londres, Jacques 1er veut renforcer son pouvoir en prenant appui sur la religion anglicane, qui fait du roi le chef de l'Église nationale. Il en vient à persécuter les catholiques et les puritains et ces derniers commencèrent à émigrer en masse vers le Nouveau Monde.

En 1604, il proclama la fermeture des séminaires, le bannissement de tous les prêtres et missionnaires hors du royaume et bien entendu pour les jésuites l’interdiction d’enseigner. Les catholiques durent faire instruire leurs enfants dans des écoles étrangères. L’année suivante fut marquée par la conspiration des poudres.

 

La Conspiration des Poudres

 

Le 5 novembre 1605 fut découvert à Londres la Conspiration dite des Poudres. D'anciens officiers catholiques dont Guy Fawkes, Robert Catesby et Thomas Wintour en relation avec les gouvernants espagnols et peut-être les jésuites, envisagèrent de faire sauter le Parlement de Westminster le jour même de la séance inaugurale, en présence du roi et de ses ministres. C’est en mai 1604, que Thomas Wintour enrôla un mercenaire du Yorkshire appelé Guy Fawkes qui s'était distingué sur le continent dans l'armée espagnole. Les domestiques de Robert Wintour, de Christopher Wright, de Thomas Percy, de John Grant, d'Ambrose Rokewood, de Robert Keyes, de Everard Digby, de Francis Tresham et de Catesby furent à leur tour enrôlés.

À l'origine Catesby loua une maison près du palais de Westminster et le groupe commença à creuser un tunnel sous le Parlement. Mais le projet fut abandonné et le domestique de Percy, John Johnson loua une cave située sous le parlement. Fawkes pu remplir l’entrepôt souterrain d'environ 36 barils de poudre cachés sous le charbon et le bois. Le 5 novembre, 10 jours avant l'ouverture du Parlement, Monteagle, un catholique apparemment reformé, reçu à son domicile une lettre lui conseillant de se retirer dans son pays, où il pourrait attendre l'événement en toute sûreté. Mais, celui-ci montra immédiatement la lettre à Robert Cecil, le comte de Salisbury et secrétaire d'état.

Guy Fawkes fut arrêté alors qu'il s'apprêtait à mettre le feu aux 36 barils de poudre. Les conjurés reprochaient au roi son intolérance à leur égard comme envers les puritains. Ils furent contraints à la fuite ou exécutés sitôt découverte leur conspiration. Robert Catesby et Thomas Wintour se sauvèrent aux Midlands où ils retrouvèrent d’autres conjurés, mais échouèrent dans leur souhait d’avoir leurs appuis. Ils parvinrent à trouver refuges auprès d’amis et de sympathisants pendant 3 jours avant finalement d’être capturé après une escarmouche sanglante à Holbeche. Catesby, Percy et les 2 frères Wright furent tués, alors que Thomas Wintour blessé et Ambrose Rokewood étaient emmené à Londres. D'autres furent capturés quelques jours plus tard. Tous les conspirateurs, à l’exception de Tresham qui mourut à la tour de Londres, furent exécutés.

Dans les dernières années de son règne, jusqu'à sa mort qui survient le 27 mars 1625, Jacques 1er accroît les haines contre sa personne en accordant sa confiance à un favori méprisable, le beau George Villiers, futur duc de Buckhingham.

Lors de l’accession au trône de Charles 1er en 1625, un temps meilleurs commença pour les catholiques anglais. Cette politique suivie par le roi fut l’une des causes de la rupture entre le roi et le parlement. En effet, durant son règne, le nombre de clergé catholique en Angleterre fut en forte augmentation notamment en ce qui concernait les jésuites. Lorsque le conflit éclata entre le parlement et le roi, les catholiques soutinrent Charles 1er. Malheureusement les opposants au roi l’emporteront grâce au talent militaire de leur chef Olivier Cromwell. Né en 1599 dans une famille de gentilshommes campagnards, celui-ci s'illustra d'abord en organisant un régiment de cavalerie remarquable par son fanatisme autant que par sa combativité, les Ironsides. Grâce à son régiment, il battit les royalistes à Marston Moor le 2 juillet 1643. Chargé par le Parlement de diriger l'armée, il remporta une nouvelle victoire à Naseby le 14 juin 1645.

 

Charles 1er est chassé de Londres

 

Le roi Charles 1er fut chassé de Londres le 10 janvier 1642. Ce fut le début d'une guerre civile qui mènera à la décapitation du roi et à la dictature de Cromwell avant de se conclure par l'avènement d'une solide monarchie parlementaire, la première du genre.

Après le règne prestigieux de la reine Elizabeth 1ère, le roi Jacques 1er Stuart avait atteint des sommets d'impopularité du fait de son intolérance à l'égard des minorités religieuses.

A son avènement en 1625 âgé de 25 ans, son fils Charles 1er était apprécié pour sa réserve et ses bonnes manières. Mais son goût pour le pouvoir personnel et son mariage avec Henriette de France, sœur de Louis XIII et bonne catholique, le rendirent à son tour impopulaire. de plus, l'homme le plus influent du royaume est le beau Georges Villiers, 1er duc de Buckingham. Il introduisit à la Cour des mœurs dissolues et une mode exubérante, avec cheveux longs et dentelles, qui scandalisèrent la bourgeoisie puritaine. Par ses intrigues, celui-ci entraîna l'Angleterre dans des conflits avec l'Espagne comme avec la France avant d'être assassiné en 1628. Après l'assassinat du favori, Charles 1er dissout le Parlement. Dans les 11 années qui suivirent, le roi gouverna seul sans convoquer de nouveau Parlement. N'ayant pas le droit de lever de nouveaux impôts sans l'accord de l'assemblée des Communes, il utilisa tous les stratagèmes possibles pour couvrir tant bien que mal les dépenses du royaume. La situation se dégrada brutalement lorsqu'il tenta d'imposer une liturgie d'inspiration anglicane aux Écossais de confession presbytérienne. Ceux-ci se soulèvent.

Faute de disposer d'une armée permanente, le roi chercha en toute hâte des subsides pour soumettre les Écossais. Il se vit alors contraint de convoquer un Parlement. Les représentants des Communes en profitèrent pour contester l'autorité royale. Charles 1er répliqua et dissout le nouveau Parlement 18 jours à peine après son entrée en fonction. La dissolution de ce “Court Parlement” ne résout pas les problèmes financiers et, devant l'offensive des Écossais, le roi fut bien obligé de convoquer un nouveau Parlement. Celui-là restera en fonction jusqu'en 1660, ce qui lui vaudra l'appellation de “Long Parlement”. L'opposition parlementaire n'hésita pas à s'en prendre au principal conseiller du roi, le loyal Strafford. Il fut exécuté en mai 1641 au terme d'un procès inique, sans que son maître ait pu le sauver. Charles 1er se résigna à faire bonne figure et renonça à son droit de dissolution. Mais à la fin, il eu la maladresse de vouloir en finir avec ses ennemis. Le 4 janvier 1642, il se présenta lui-même aux Communes et s'installa à la place du Speaker avec l'intention d'exiger l'arrestation des 5 chefs de l'opposition parlementaire, dont le populaire Pym. Ceux-ci prirent les devants et se réfugièrent à la Cité de Londres, sous la protection de la milice bourgeoise. Défait, le roi se retira du Parlement sous les huées. Il jugea plus sage de quitter la capitale. En mai 1647, Cromwell ira chercher le roi en Écosse où il s'était réfugié. De retour à Londres, il fait épurer le Parlement de ses éléments récalcitrants et obtint de ce «Parlement croupion», expurgé et réduit à une centaine de membres la condamnation à mort du souverain. Charles 1er fut décapité à Whitehall, près de Westminster, le 30 janvier 1649, selon le calendrier julien en vigueur en Angleterre à cette époque. Pendant tout son règne, le roi avait combattu les parlementaires et les puritains anglicans. Ceux-ci lui reprochaient de gouverner en monarque absolu. A son corps défendant, il restaura la ferveur monarchiste et prépara la restauration.

Après la mort du roi, Oliver Cromwell, commandant en chef des Têtes rondes devint le maître tout-puissant du pays. Avec une froide détermination, il sévit d'abord contre les catholiques Irlandais, en rébellion contre le Parlement. Cet homme d'une grande piété organisa le massacre de la garnison de Drogheda, près de Dublin, le 10 septembre 1649, et mata les Irlandais par une répression d'une extrême violence. Il s'en prend aussi aux Écossais, défaits à Worcester le 3 septembre 1651. Rassuré du côté des peuples allogènes, il se retourna contre son Parlement croupion, trop mou à son gré, et le remplaça par une assemblée de 140 membres désignés par l'armée. Le 16 décembre 1653, il prend le titre officiel de Lord Protector of the Commonwealth*. C'est ainsi que naît la seule République qu'ait connue l'Angleterre. Cromwell livra encore une guerre contre les Provinces-Unies. Il meurt le 3 septembre 1658 et laisse le pouvoir à son fils. Richard Cromwell fut vite débordé et le général Monck pu préparer la Restauration de la monarchie. Ce fut chose faite le 29 mai 1660 avec l'intronisation de Charles II, fils de Charles 1er. Toutefois, les troubles civils ne prendront fin qu'en 1688, avec l'avènement d'une solide monarchie parlementaire. Le nouveau roi, Charles II fut confronté aux malheurs de la peste et au Grand Incendie de Londres en 1666. En matière politique, il Iouvoya entre les libéraux et les partisans de l'absolutisme, ainsi qu'entre les anglicans et les catholiques. Un certain Titus Oates dénonça un prétendu complot jésuite et papiste contre le roi et les anglicans. Il s'ensuivit une vive émotion dans le pays. Le roi dut concéder en 1679 au Parlement à majorité puritaine et anticatholique “l'Habeas corpus”. Ce texte très important exigeait que tout prisonnier fut déféré sans attendre devant un juge. C'en était fini des arrestations arbitraires.

 

Londres en flammes

 

Dans la nuit du 2 septembre 1666, un feu se déclencha chez un boulanger londonien. et l'incendie s'étend dans la rue Pudding Lane, près du pont de Londres, où les maisons en bois enduites de poix favorisent sa propagation. La capitale anglaise comptait à cette époque 500.000 habitants. C'était une métropole active et populeuse. Elle se relèvait d'une épidémie de peste qui avait provoqué l'année précédente 70.000 décès.

L'incendie gagna des entrepôts de chanvre et de poix situés au bord de la Tamise. 10 000 maisons et une centaine d'églises furent la proie des flammes. La cathédrale Saint-Paul s'écroula sous le poids de son dôme.

Le roi Charles II se joignit bientôt aux sauveteurs. Des soldats firent sauter les maisons rue par rue pour étouffer le feu. Celui-ci s'éteint enfin au bout de 6 jours. L'incendie n'aura fait que 8 victimes. Mais la plus grande partie de la capitale était à reconstruire et 100.000 personnes étaient sans abri.

L'architecte Sir Christopher Wren proposa une reconstruction ambitieuse avec une refonte complète de l'urbanisme. Mais dans cet état démocratique qu'était déjà devenue l'Angleterre du 17ème siècle, le roi dut tenir compte de la volonté populaire. Il confia à l'architecte le soin de seulement rebâtir Saint-Paul et d'ériger à Pudding Lane une colonne qui commémora l'événement. Les maisons furent rebâties au même endroit, non plus en bois mais en briques et en tuiles. La ville réparera en quelques années les traces du Grand Incendie, s'offrant même le luxe d'accueillir des huguenots français chassés par la révocation de l'Edit de Nantes.

En 1685 Jacques II succéda à Charles II et lorsqu’il monta sur le trône en 1685, il montra moins de souplesse que son frère envers les puritains. Il ne cacha pas son désir d'imposer la religion catholique à l'ensemble de ses sujets et se montra attiré par l'exemple de Louis XIV, qui pourchassait en France les protestants et venait de révoquer l'Édit de Nantes. Il se remaria et a la satisfaction d'avoir un garçon. Avec la naissance de cet héritier, en 1688, les Anglais craignaient un renforcement de la dynastie catholique des Stuart. Ils firent appel au stathouder de Hollande, Guillaume III de Nassau Orange. Celui-ci, qui tenait son nom de la ville d'Orange, en Provence, était le petit-fils de Charles 1er et l'époux de Marie, fille aînée de Jacques II. Guillaume et Marie étaient de fervents protestants. Ils étaient aussi des ennemis inconditionnels de la France et de Louis XIV. Tandis que les armées de Louis XIV s'occupaient de saccager le Palatinat allemand, Guillaume en profita pour débarquer avec une petite troupe en Angleterre, à Torbay, le 5 novembre 1688 et personne ne retint Jacques II quand il choisit la fuite. C'est ainsi que les Anglais échappèrent à une nouvelle guerre civile. Guillaume et Marie furent élevés de concert à la royauté par le Parlement. Ils ne vont pas se faire prier pour lui accorder un droit de regard sur les affaires publiques par le “Bill of Rights” du 13 février 1689. Cette Déclaration des Droits marque la véritable naissance de la démocratie moderne. Chassé de son pays, Jacques II se réfugia en France et finira sa vie à Saint-Germain-en-Laye. Né avec le titre de duc d'York, il eut l'honneur, sous le règne de son frère, de voir le port nord-américain de la Nouvelle Amsterdam rebaptisé en New York.

Lorsque Guillaume III et Marie montèrent sur le trône laissé libre par Jacques II, ils suivirent une politique plus conforme au désir du parlement. En effet, suite à la dérive et à la cruauté du règne de Jacques II et malgré leurs engagements pris tant envers l’empereur que le Pape de mener une politique de consiliation, ils durent revenir aux statuts établis sous Charles 1er au sujet des catholiques. La nouvelle déclaration stipulant entre autre qu’aucun héritier au trône, catholique ou ayant épousé un catholique ne pourra accéder à celui-ci et devra de ce fait renoncer à la couronne.

 

Le Portugal au 17ème siècle

 

En 1578, le roi du Portugal, Sébastian, fut tué au Maroc en tentant de renouveler les croisades contre l'Islam. Le roi d'Espagne, Philippe II de Habsbourg, profita des démêlés de sa succession pour occuper le pays et s'en désigner roi à titre personnel. L'occupation espagnole fut brutale et tissée de massacres. Elle se solda par des impôts accrus pour financer les guerres des Habsbourg. Elle permit aussi aux Hollandais et aux Anglais de dépecer le bel empire colonial des Portugais, du Brésil à Macao. Les Portugais se soulevèrent à plusieurs reprises, en profitant de l'affaiblissement des Habsbourg, occupés à combattre sur le Rhin et sur les Pyrénées.

Le 1er décembre 1640, la petite noblesse du Portugal se souleva contre l'occupant espagnol. Elle rétablit l'indépendance du pays et porta sur le trône l'un des siens, Jean de Bragance. Celui-ci fut couronné sous les acclamations populaires le 15 décembre. Il prit le nom de Jean IV. Le soulèvement bénéficia du soutien du cardinal Richelieu, heureux de jouer un bon tour à la maison des Habsbourg qui gouvernait l'Espagne.

Ayant enfin repris leur indépendance, les Portugais durent lutter contre une tentative de reconquête des Espagnols. Ils reçurent alors l'appui intéressé des Hollandais et des Anglais, qui leur enlèvèrnt le monopole du fructueux commerce des épices. Tout en faisant reconnaître son indépendance en 1668, le Portugal ne sortira plus de l'orbite anglaise.

 

L’Autriche à la fin du 17ème siècle

 

Le 12 septembre 1683, après 2 mois de siège, les Turcs échouèrent à s'emparer de Vienne. C'était la 2ème et dernière fois que la ville dut affronter un siège par les Turcs, le premier ayant eu lieu en 1529.

En effet, sous le règne du sultan Mohamed IV, les Turcs avaient tiré parti des dissensions en Hongrie entre paysans et nobles pour tenter à nouveau d'élargir leur sphère d'influence en Europe centrale. Le grand vizir Kara Mustapha dit le Noir avait pu ainsi s'allier au roi de Hongrie Étienne Tokoly. Tandis que le Hongrois entreprenait le siège de Presbourg*, lui-même mettait le siège devant Vienne le 14 juillet 1683 avec des forces considérables.

Soumise à un siège impitoyable, la capitale des Habsbourg fut défendue avec acharnement par le comte Rüdiger Starhemberg et le bourgmestre Andreas Liebenberg. Elle fut libérée in extremis grâce à une armée de 65.000 hommes, composée pour moitié de Polonais ainsi que d'Allemands et d'Autrichiens. Commandée par le roi de Pologne Jean III Sobieski et le duc Charles de Lorraine, l'armée de renfort, venue du nord, passa sur la rive droite du Danube puis déboula sur les Turcs des hauteurs du Kahlenberg, à l'ouest de Vienne.

Les janissaires du grand vizir se battirent jusqu'au dernier cependant que le reste de l'armée ottomane se retirait en désordre, abandonnant sur place canons et provisions. Dans le butin que récupèrent les vainqueurs figuraient 500 sacs de café, ce qui valut aux Viennois d'être les premiers Européens à boire une tasse de café. Kara Moustafa fut décapité à son retour par le sultan à Istanbul, cependant que Vienne célébrait l'entrée triomphale de l'empereur Léopold 1er. Dans la foulée, ce dernier partit à la conquête de la Hongrie et de la Transylvanie, sous domination ottomane. Le conflit s'achèvera par les victoires du prince Eugène et la paix de Karlowitz en 1699. C'en sera fini des menaces ottomanes en Europe occidentale.

L'heureux vainqueur, Eugène de Savoie Carignan, s'était enfui de la Cour de Louis XIV pour se mettre au service de Léopold 1er de Habsbourg, archiduc d'Autriche et empereur allemand. Celui-ci lui avait confié un régiment et le prince Eugène était bientôt devenu feld-maréchal. A 35 ans, il était nommé commandant en chef des armées impériales, au grand dépit du Roi Soleil.

A Karlowitz, le sultan dut céder à l'archiduc la Hongrie et la Transylvanie, qu'il occupait depuis la bataille de Mohacs en 1526. Il céda aussi Azov à la Russie, la Dalmatie et la Morée à Venise, l'Ukraine subcarpathique à la Pologne. Il pourchassa les Turcs après leur dernière offensive contre l'Autriche et l'échec de leur siège de Vienne et leur infligea le 11 septembre 1697 une défaite décisive à Zenta. C'est ainsi que grâce à sa victoire et à ses talents de diplomate, il peut imposer au sultan d'Istanbul une paix en bonne et due forme.

Désormais, le déclin de l'empire ottoman ne va plus cesser de s'accélérer. A l'opposé, les Habsbourg étaient à leur apogée et entraient en rivalité avec la France. Leur capitale devenait le centre de l'art baroque.

 

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